Vivre sa passion dans l’incompréhension, l’oppression et l’indignation


Le feuilleton du déplacement des supporters nantais aura connu un épilogue injuste : 200 personnes ont fait demi-tour sur un parking de péage après 6h de route.

Ce feuilleton aura duré une semaine. Le dimanche 5 avril les supporters nantais apprennent via le site officiel du club les conditions de déplacement :

1) Contremarque obligatoire à acheter sur le site, le guichet visiteurs restant fermé.
2) RDV obligatoire imposé : 10h30 sur le parking situé au péage de Veauchette.
3) Aucune voiture personnelle tolérée sur le parking du stade.
4) Transfert en navette imposé (10 euros, à la charge du supporter). Accessible seulement aux détenteurs d’une contremarque.

A quoi servent vraiment ces mesures ?

Elles visent à décourager TOUS TYPES DE SUPPORTERS pour avoir le moins de personnes en parcage dans un contexte ultra-sécuritaire discutable (les chiffres sur la violence dans les stades ne sont pas publiés).

Arnaud Duret, photographe officiel du FC Nantes

Arnaud Duret, photographe officiel du FC Nantes

Elles visent à provoquer les supporters ULTRAS et incitent indirectement à la division entre les supporters afin d’isoler cette frange pour l’affaiblir et la stigmatiser plus facilement auprès de l’opinion publique.

Des supporters en déplacement privés de libre circulation

Imposer un arrêt à 10h30 le jour du match empêche les supporters de circuler librement. Cet horaire a fait renoncer bon nombre de supporters. Certains arrivent moins d’un quart d’heure avant le coup d’envoi. Pourquoi les obliger à changer d’habitude ? Ils sont libres d’accéder au stade à l’heure qu’ils veulent.

Cet horaire poussait également certains à arriver la veille sur Saint-Etienne (ou sur Lyon). Mais qui paye la nuit d’hôtel ? Qui a des proches sur place ? Ces conditions sont fixées au détriment du supporter en déplacement qui dépense déjà beaucoup d’argent pour suivre son club.

Les supporters ne peuvent plus organiser leur weekend comme ils le souhaitent. Pour un match de 90 minutes, on les prive de liberté pendant plusieurs heures.

Double peine pour les supporters expatriés

Cette catégorie de supporters est déjà frustrée car privée de la plupart des matchs de leur club du fait de l’éloignement géographique. Le jour où leur club fétiche vient dans leur ville, on leur impose un parcours du combattant. Imaginez le cas d’un supporter du FCN qui habite Saint-Étienne et qui souhaite assister au match en parcage. Il doit prendre sa voiture pour se rendre au péage pour monter dans une navette. Que de temps perdu. Et au lieu de payer seulement sa place en parcage (10 euros), il doit rajouter le prix de l’essence et du transfert en navette. Le budget est plus que doublé.

Deux jours de zizanie suite à la vidéo de la Brigade Loire

La Brigade Loire publie une vidéo le 8 avril 2015 dénonçant les mesures prises par la préfecture de la Loire et demandant aux supporters de se rendre sur le parking SANS CONTREMARQUE :

En réponse à cela, la préfecture durcit le ton et envoie un courriel, non pas au groupe de supporters mais au président du FCN, W. Kita, lui demandant de calmer ses supporters. En réponse à cela, la Brigade Loire aidée de ses sympathisants sur les réseaux sociaux, pousse les supporters à ne pas céder devant ces menaces. Mais le doute se crée inévitablement chez des supporters « non ultras ». Faire 12h de route pour « rien », est-ce vraiment nécessaire ? Partir en déplacement pour un supporter c’est avant tout pour voir jouer son équipe. L’ambiance et les anecdotes du déplacement viennent s’ajouter au plaisir. Pour un supporter ultra c’est plutôt l’inverse. L’appel au boycott de la contremarque est difficile à assumer pour tous.

Le club tient également à réagir après la diffusion de la vidéo pour apaiser les tensions. Le FCN propose de prendre en charge les frais de transfert en navette. C’est la moindre des choses. Mais sur le fond cela ne change rien, la contremarque est toujours obligatoire.

La plupart des supporters qui annoncent vouloir se rendre à Saint-Etienne déclarent qu’ils iront sans contremarque en guise de protestation (ou au nom de la liberté). Mais le 10 avril la préfecture passe à la vitesse supérieure et publie un arrêté rendant ces mesures liberticides légales. Les supporters qui ne s’y plieraient pas pourraient être arrêtés et poursuivis au tribunal. Les supporters sont mis au même rang que des criminels ou des terroristes. « WANTED » aux abords du stade Geoffroy-Guichard.

Cette décision calme une nouvelle fois les ardeurs de certains qui finalement se rabattent sur la contremarque. Des problèmes logistiques apparaissent pour certains covoiturages qui regroupent des supporters avec et sans contremarque. Cela pousse certains à annuler leur déplacement. Dans ce contexte le club publie un communiqué annonçant le jour même que les contremarques peuvent être achetées jusqu’à midi. Les informations arrivent au compte-gouttes et surtout au dernier moment, laissant place à des rumeurs. La rumeur qui enfle vendredi après-midi serait que tous les supporters pourraient prendre les navettes, avec ou sans contremarque. Mais aucune source officielle ne le confirme. La préfecture du 42 préfère laisser le doute planer pour décourager les indécis.

C’est seulement le dimanche 12 avril une fois sur le parking que les supporters apprennent qu’ils peuvent prendre les navettes même s’ils n’avaient pas acheté de contremarques !

L’indignation tous les weekends mais aucune amélioration à l’horizon

Le débat sur les conditions de déplacement et d’accueil des supporters en parcage semble s’enliser.

Ce sont toujours les mêmes personnes qui sont ou se sentent concernées. Nous voyons régulièrement les groupes d’ultras se relayer pour dénoncer l’oppression au travers de banderoles et de communiqués. Nous les voyons essayer de s’unir avec notamment la naissance de l’Association Nationale des Supporters, présidée et gérée par des responsables de groupes ultras. Début avril 2015 suite à une de leurs réunions, une dizaine de groupes majeurs ont envoyé un message très clair à la DLNH (division nationale de la lutte contre le hooliganisme) en lui demandant de publier les chiffres sur les violences dans les stades. La Brigade Loire a bien évidemment participé à cette action commune.

Mi-temps Nantes-Caen (brigadeloire.fr)

Mi-temps Nantes-Caen (brigadeloire.fr)

Pour quel résultat ? Pas grand-chose. Les médias les plus importants ne relayent pas assez régulièrement ce qui se passe en tribunes. Et quand ils le relayent c’est maladroit et imprécis. Au mieux ça alimente un buzz qui s’estompe en quelques jours. Le weekend suivant ils sont déjà passés à autre chose : une petite phrase de Zlatan, un tweet de Jean-Michel Aulas…

Les conséquences sont désastreuses pour l’opinion publique à qui on « cache » des choses. Les habitués des tribunes autres que virages ou parcages semblent s’éloigner du mode de vie de ces supporters engagés. Tout est mis en œuvre pour détourner leur attention.

Les médias sont clairement détachés de ce qui se passe dans nos tribunes. Ont-ils des consignes ? Pourquoi seule la voix de Pierre Ménès s’élève au CFC et sur Twitter ? Pourtant ils sont nombreux à vanter l’ambiance mise par les supporters en parcage.

Pierre Ménès, Canal Football Club

Pierre Ménès, Canal Football Club

En ce qui concerne les journalistes ou commentateurs sportifs, on peut se demander comment ils préparent leur match. En plus d’écorcher les noms des joueurs (quand ils les connaissent), il n’est pas rare de les entendre tenir des propos enfantins ou sans intérêt sur les supporters. Et à chaque fois qu’un déplacement est accompagné d’un encadrement spécifique des supporters qui entraîne des contraintes en parcage, il n’y a pas un mot sur cela à l’antenne.

Les supporters, ultras ou non, sont régulièrement traités comme du bétail quand ils veulent accéder à un parcage. Si on laisse faire cela, c’est l’acceptation (ou la résignation) qui nous guette. L’omniprésence des CRS (et de la SIR) ne doit pas entrer dans les mœurs.

EURO 2016 : vivement les serbes, turcs, polonais et russes !

A un peu plus d’un an du championnat d’Europe organisé aux quatre coins de l’hexagone, les mesures s’intensifient. Les différents organes de répression s’harmonisent pour mettre en place de nouvelles procédures pour intimider et sanctionner les supporters, ultras ou non. Aujourd’hui ces organes sont victorieux et arrivent à freiner une ou 2 centaines de supporters en déplacement. Qu’en sera-t-il lorsque les supporters des pays de l’est, réputés bien plus chauds, arriveront par milliers ?

Twitter : @FCN_ACTIV

Facebook : Activ’ Nantes Supports

Mail : activnantes@gmail.com

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