« Je suis passé au FC Nantes et ça, ça me marque beaucoup. » Entretien avec Guillaume Moullec


Pour le deuxième épisode de cette série sur les anciens joueurs du FC Nantes, Yves Deroff a choisi Guillaume Moullec pour répondre à nos questions. C’est donc un entretien fleuve, mais très intéressant, que nous vous proposons. Cette interview a été réalisée chez Guillaume, au château de la Garnison à Orvault.

 

Bonjour Guillaume ! Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Guillaume Moullec, je suis originaire de Brest. J’ai commencé le football à côté de Brest, à Laudernau puis j’ai joué au stade Brestois. A 17 ans je suis parti à Montpellier, j’ai fait huit ans là-bas, du centre de formation à la Ligue 1. En 2005, j’ai signé deux ans à Lorient. On a fait la première année en Ligue 2, on est montés et deuxième année en Ligue 1. J’ai signé ensuite à Nantes en 2007, où on a fait la montée, une année en Ligue 1 et derrière une saison blanche pour moi parce que j’étais blessé en début d’année. J’ai fini par deux ans à Clermont de 2010 à 2012. Voilà en tant que joueur.

En 2012 je rentre sur Nantes parce qu’à la fin de mon passage à Nantes on avait acheté avec ma femme un bien pour faire des chambres d’hôtes avec une salle de réception pour les séminaires, fêtes de famille…

Aujourd’hui la page du foot est quasiment tournée même si j’ai entrainé un an à Saint Brévin. L’année dernière j’étais entre Saint Brévin et un travail à mi-temps à la Ligue Atlantique mais cette année je suis à la Ligue Atlantique à temps complet, avec bien sûr ma société de chambres d’hôtes et de séminaires au Château de la Garnison à Orvault.

Château de la Garnison à Orvault. Photo chateaudelagarnison.fr

Château de la Garnison à Orvault. Photo chateaudelagarnison.fr

Ton rêve de gosse ?

J’avais pas forcément de rêves, même si comme tous les enfants, j’ai dû rêver à être pompier, pilote… Même au niveau du foot ça a été pendant longtemps un plaisir et une passion. J’ai passé les paliers sans être focalisé sur le fait d’arriver professionnel. J’étais plutôt quelqu’un qui vivait bien avec ses potes et qui prenait le temps de profiter de sa jeunesse. Donc non, pas trop d’objectifs de métiers, ni de rêves démesurés.

Un mot sur ta carrière ?

J’en suis très content parce que je pense qu’avec les qualités que j’avais j’ai réussi à faire quelque chose de bien. Quand je regarde dans le rétro, je me suis dit que j’ai pas fait de si mauvais choix que ça en termes de choix de clubs. On a tous des petits regrets quand on finit notre carrière mais c’est souvent après coup : de ne pas partir au bon moment, de rester trop longtemps dans un club alors que sur le moment on pense que c’est la bonne solution. Et je me suis toujours appliqué à la méthode de ne pas avoir de regrets dans le futur à partir du moment où on prend une décision avec la connaissance qu’on a et on ne connait pas le futur donc… Je suis content de ce que j’ai fait. J’ai fait quasiment 300 matches en pro. Et que je suis très content d’être passé par les étapes par lesquelles je suis passé. J’ai eu le choix. Je ne suis pas passé dans la belle période du FC Nantes, mais je suis passé au FC Nantes et ça, ça me marque beaucoup… Le fait d’être monté avec Lorient et qu’ils se soient stabilisés en Ligue 1 depuis. Et puis Montpellier c’est atypique comme club donc…

Et tu aimes bien le stade brestois… (rires) NDRL : Guillaume avait un t-shirt du stade Brestois.

Étant de Brest… (sourire) J’ai encore pas mal de potes là-bas… J’ai été là-bas jusqu’à mes 17 ans  donc forcément tous mes potes y sont. Je suis arrivé à 13 ans, donc de 13 à 17 ans. Tous mes collègues sont encore dans la région et au Stade Brestois. On a tous une part en commun avec le Stade et je suis encore les résultats. J’ai plusieurs bons copains qui travaillent en tant qu’éducateurs au Stade Brestois, notamment le parrain de ma petite donc je suis particulièrement le club, oui.

Je suis très breton au niveau des clubs ! Je ne suis pas dans la guerre des rivalités. Quand on aime un club on peut en aimer un autre. Ce n’est pas parce qu’on aime un club qu’on en déteste un autre. J’ai toujours eu du mal à comprendre ça. J’aime autant Brest et Guingamp, même s’il y a un peu la « guerre » entre les deux. J’aime autant Rennes et Nantes, en étant bien plus attaché à Nantes parce que j’y suis passé et que j’y habite maintenant. Tous les clubs bretons, qu’ils soient le plus haut possible ça me va très bien !

Ton plus beau but ? Est-ce que tu as déjà marqué ?

J’ai marqué. Alors, il y en a deux spécialement auxquels je repense : un à Guingamp et l’autre Nantes. Pour celui de Guingamp : on mène, notre gardien Rudy Riou se fait expulser et c’est Laurent Pionnier, mon meilleur pote, qui rentre dans les buts, pour son premier match en Ligue 1. Et il y a un centre, il sort, je coupe au premier poteau et je marque contre mon camp. Et lui et moi, on sera à liés à vie par ça ! Ce but il est gravé, c’est un de mes meilleurs potes, il rentre, et je lui marque son premier but…

Et plus sérieusement l’autre c’est à la Beaujoire que je le marque. On perd 3-2, j’étais avec Montpellier à l’époque, c’était Landreau dans les buts, Moldovan doit faire un doublé ou un triplé je crois et je marque contre Landreau sur une passe de Mansaré.

Le meilleur coéquipier avec qui tu aies joué ?

Humainement et en qualité footballistique j’en ai connu plusieurs. Parce que malgré l’image qu’on a des footballeurs il y a vraiment de très bons mecs dans le foot, et heureusement d’ailleurs… En sortir quelques-uns ça va être compliqué… Il y en a avec qui je pars en vacances ! (rires) Il y en a d’autres que je ne vois pas souvent malheureusement… Mais humainement j’ai rencontré beaucoup de personnes avec qui je suis toujours en relation.

Sur le terrain, je pense à deux qui font l’Euro, c’est Jallet et Gignac. Parce que Dédé (Gignac), fait ses débuts à Lorient et arrive par un concours de circonstances. Les attaquants étaient blessés, il commence la saison et met un triplé, contre Nantes d’ailleurs… Je lui fais deux passes décisives sur ce match-là. Et Tof Jallet qui débute aussi à Lorient et qui débute sa carrière, ça fait un petit moment. C’est les deux auxquels je pense là mais il y en a eu quelques-uns comme Bruno Carotti, avec qui j’ai joué à Montpellier, qui est un joueur très intelligent, propre techniquement… C’était un très très bon joueur, qui a joué à Nantes en plus. Je rajouterais aussi Stéphane Pédron : quel pied gauche !

PHOTO FRANK PERRY

PHOTO FRANK PERRY

Tu as joué avec plein de grands attaquants, et des moins bons. Avec lequel tu t’es le plus demandé ce qu’il foutait sur un terrain de foot ?

C’est délicat ça… S’ils arrivent là c’est qu’il y a de la qualité, même si parfois on se dit c’est compliqué. Ça peut être compliqué pour certains joueurs à certains moments dans des clubs, c’est pas pour ça que se sont forcément des mauvais joueurs. Quand ils changent de clubs on voit qu’ils s’adaptent mieux et les meilleurs y arrivent. Sans le citer, c’est Sigthorsson qui était beaucoup critiqué et qui était très bon à l’Ajax. C’est ce style de joueur qui viennent et qui ne s’adaptent peut être pas dans l’équipe où ils sont. Mais ça peut arriver à tout le monde d’avoir une mauvaise adaptation et de ne pas arriver à s’intégrer dans le jeu de l’équipe…

J’ai toujours été dans des groupes assez homogènes… Peut-être Nantes en Ligue 1 quand ça recrutait à tout va avec Ivan Klasnic, qui était un super joueur mais il y avait des disparités. Mais sinon il y a peu de fois où je me suis dit « qu’est-ce qu’il fait là ? ».  Souvent les joueurs qui sont en difficulté repartent assez rapidement. Je ne me souviens pas avoir joué avec des « voleurs », des mecs qui prenaient leur chèque et qui repartaient.

Quand on a préparé nos questions avec les gars, on s’est demandé si tu avais joué avec Wilhelmsson ?

Non, pas vraiment. Le seul moment où je l’ai côtoyé c’était au début de la saison où il ne s’entrainait pas et devait partir. On était parti en stage à Dinard et il ne s’entrainait pas du tout avec nous, il était à côté avec deux – trois joueurs. Ça se passait relativement bien parce que tout avait été clarifié par le staff. C’était : « vous êtes avec nous parce que vous devez être avec nous par rapport aux règles mais comme vous voulez partir on vous met de côté » mais eux ne voulaient pas rentrer dans le groupe non plus parce qu’ils voulaient partir. C’était peut-être bizarre vu de l’extérieur mais très propre vu de l’intérieur. Pour moi, ce n’était pas la période la « plus malsaine » on va dire. C’était assez clair. Mais j’ai toujours un peu mal au cœur pour les joueurs dans des situations comme ça parce que c’est jamais plaisant.

J’ai connu peu de temps « le loft », j’en faisais un peu partie avec Baup fin septembre en Ligue 1. Il nous écarte et le groupe part à Caen, moi j’étais avec Keserü, Goussé… en réserve le jeudi. On joue sur le grand terrain et on gagne. Mais le samedi à Caen, au bout d’une demi-heure, Savidan met un triplé et fait gagner Caen 3-0. Le lundi, Elie Baup vient me voir pour savoir comment ça avait été, je lui dis « demandez au coach », il (Baup) ne voulait pas parler avec moi donc je ne vois pas pourquoi je parlerais…  Le mardi je me ré-entraine avec l’équipe première, le samedi on joue à Grenoble et on gagne 1-0 avec un but de Bekamenga. Ça avait relancé notre saison ! Ce sont les aléas du football…

On est d’accord que Babovic, le Messi des Balkans (Guillaume : le Messi des Carpates !), avait cinq Ben Arfa dans chaque jambe ? Enfin partout sauf à Nantes à priori ?

Je n’ai pas trop suivi sa carrière après pour savoir s’il avait cinq Ben Arfa dans chaque jambe, un seul Ben Arfa m’aurait suffi (rires).

Il n’avait pas la mentalité pour le sport de haut niveau. Il venait plutôt jouer pour s’amuser parce qu’il n’avait pas besoin de ça pour vivre puisque ses parents avaient largement de quoi subvenir à ses besoins. Je pense qu’il n’a jamais eu besoin de se faire « un peu mal » dans la vie et il n’avait pas le caractère à se faire mal tout seul. Donc ce qui s’est passé c’est qu’il pensait jouer sans faire d’efforts et le foot ne se passe pas forcément comme ça… Il n’était pas forcément méchant mais un peu en décalage par rapport à la réalité. C’était un enfant dans sa tête, il avait des qualités techniques mais pas la rigueur que demande le sport professionnel. Je n’ai pas suivi sa carrière ensuite.

Est-ce que tu as une anecdote en rapport avec le foot ? Un truc amusant par exemple ?

Bagayoko et Klasnic se faisaient des concours de poker énormes. Et un jour, pour éviter que ça soit malsain, ils ne pariaient plus en argent mais en cannettes. Et comme tout joueur, les deux ne sachant pas s’arrêter, l’un des deux a perdu quelque chose comme 600 ou 800 cannettes. Et un jour Ivan Klasnic est arrivé avec son 4X4 rempli de cannettes de Coca, Ice-Tea… Il a tout mis devant le placard de Bagayoko, on ne voyait plus la porte… Je l’imaginais à la caisse en train de passer ses cannettes… (rires) il y avait une bonne ambiance à l’époque.

Ton meilleur moment au FCN ?

La montée. Qui était à la fois tellement attendue et que tout le monde trouvait normale, surtout qu’on l’avait obtenue assez tôt dans la saison. Donc je ne suis pas sûr que les gens l’ai prise à sa mesure. C’est surtout quand Nantes est redescendu qu’on a vu que ce n’était pas si facile que ça de remonter. On avait fait une très belle saison avec un bon groupe avec une belle fête à la fin. Donc très bonne période.

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Photo FC Nantes – Arnaud Duret

Ton plus grand regret ?

De ne pas avoir joué dans un club à l’étranger. J’aurais voulu connaitre autre chose mais je ne regrette pas parce qu’à chaque fois j’ai pris des décisions d’aller dans des clubs qui me semblaient bien sur le moment. Je pensais avoir le temps mais ça passe vite… Je pense qu’à la sortie de Nantes j’aurais pu aller à l’étranger mais le fait de m’être blessé et d’avoir fait une saison blanche a remis pas mal de choses en question. Mais en même temps, le fait d’avoir fait une troisième saison à Nantes m’a permis d’acheter le Château de la Garnison. Donc la vie est ainsi faite et je ne m’en plains pas !

Est-ce que tu as gardé un objet fétiche de ta carrière ?

Fétiche non. Je n’avais pas de superstition sur un objet. Mais maillots oui. Ou des affaires d’entrainement. J’ai du mal à me séparer de certaines choses.

Est-ce que ça te manque pas trop de taper la baballe ?

De jouer des matchs, non. J’aimerais bien jouer au foot plus souvent mais je n’ai pas le temps de m’entrainer. Mais c’est un vrai plaisir de jouer avec les ex-canaris de temps en temps, et c’est très bien comme ça. Par contre je fais du trail, de la course nature. Il n’y a pas besoin de collègues, de matériel… On y va, on prend les chaussures et c’est parti.

Question vieux con : est-ce que le foot c’était vraiment mieux avant ?

C’est les dirigeants qui ont fait que ça a changé. Parce que les dirigeants ont besoin d’argent et de résultats. Et aujourd’hui ce qui vaut de l’argent ce sont des jeunes qui font un « boum » une année. Il faut les chouchouter, ne faut pas les contrarier, parce qu’ils valent de l’argent etc… Avant, les joueurs n’étaient pas forcément meilleurs que ceux d’aujourd’hui. Les anciens étaient écoutés par le coach et le coach écoutait les anciens. La direction parlait aussi sur la même ligne. Si un ancien disait quelque chose à un jeune, il savait que le jeune n’irait pas voir le coach et que le coach n’allait pas mettre « un coup de couteau » à l’ancien. Il y avait une hiérarchie à l’époque, comme je me souviens à Montpellier, qui doit être l’un des derniers clubs à être comme ça. On faisait nettoyer le vestiaire au jeunes de 17 ans. Ça m’étonnerait qu’on fasse faire ça à des jeunes de 17 ans aujourd’hui. Ça fait peut-être « vieux con » mais au niveau du matériel, les vieux ne touchaient à rien. S’il manquait un ballon, de l’eau… c’était les jeunes qui y allaient. D’un côté c’était une manière de montrer qu’il y avait un travail à faire, de la rigueur à avoir et qu’on n’avait pas tout le temps un intendant qui faisait tout pour nous. Ça manque un peu cet esprit-là aujourd’hui. C’était la phrase vieux con ! (rires)

Dans quelle équipe actuelle aurais-tu pu jouer ?

J’aurais bien aimé jouer à Lorient, pour y être passé en plus. Surtout que les conditions ne sont plus du tout les mêmes. Nous on avait un terrain de sable à l’annexe du Moustoir, à l’époque il n’y avait pas de synthétiques partout. J’aurais bien aimé jouer aujourd’hui dans des clubs comme Montpellier ou Lorient, vu que ce sont des clubs que je connais bien et qui ont gardé les mêmes valeurs et la même mentalité qu’à l’époque. Et Lorient a des valeurs de jeu et de recrutement qui me plaisent bien.

Ton dernier match comme spectateur à la Beaujoire ?

France – Cameroun. Et pour Nantes : Nantes-Nice.

W.Kita t’appelle pour aider le FCN, tu y vas en courant, tu te mets à pleurer ou tu changes de numéro ?

Je lui dis que je suis occupé et que je souhaite le meilleur au club. Mais à dire vrai ça passe pas avec le président, ce n’est pas avec le FC Nantes. Là c’est Waldemar Kita qui m’appelle, ce n’est pas le FC Nantes. C’est pas pareil. Le jour où il partira ça sera autre chose.

Quelle est la personne la plus célèbre de ton répertoire ?

Mes anciens coachs et des gens connus dans le foot mais pas de gens célèbres hors foot.

Quel ancien joueur ou entraineur nantais voudrais-tu voir interviewé par nos soins ?

Eddy Capron et Olivier Quint ! Et le défi c’est si tu arrives à avoir Waldemar Kita un de ces quatre… Non, je plaisante (rires)

Merci beaucoup Guillaume !

Entretien réalisé par Bertrand Chauty le 9 juin 2016 au château de la Garnison à Orvault.

Le Château de la garnison – chambres d’hôtes et salle de séminaire – 13 chemin de la garnison – 44700 Orvault

Contact : chateaudelagarnison.fr

Pour toute demande de réservation : 06 52 14 14 70

Château de la Garnison - photo activnantessupports.com

Twitter : @FCN_ACTIV

 

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