« Il ne faut pas vivre dans le passé mais s’appuyer dessus pour avancer » Entretien avec Nicolas Gillet


Issu de la génération Denoueix, à l’instar de notre ami Yves Deroff, Nicolas Gillet est désormais un entraîneur accompli. L’ancien défenseur, vainqueur de deux coupes de France (1999-2000) et champion de France 2001, s’occupe aujourd’hui des jeunes de la Chapelle-sur-Erdre. Retour en arrière sur ses années jaunes et vertes.

Bonjour Nicolas, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Nicolas Gillet, 40 ans. Je suis entraineur à la Chapelle-sur-Erdre en ce moment. Je m’occupe des U6, U11 et U17. Ancien joueur professionnel, notamment, et surtout, du FC Nantes.

On va remonter à tes souvenirs d’enfance, quelle était la profession de tes rêves étant gosse ?

Je n’en avais pas vraiment. Je suis rentré au FC Nantes à l’âge de treize ans. A cet âge-là, tu ne sais pas encore ce que tu veux faire comme métier. Je ne pensais même pas à devenir footballeur professionnel. La seule chose que j’aimais à cet âge-là c’était jouer au foot. Faire des études et jouer au foot, ça m’allait très bien ! Je suis allé jusqu’au BAC D (BAC S aujourd’hui). J’ai eu mon BAC avec mention mais comme j’allais passer professionnel, je n’ai pas poursuivi ensuite.

Un mot sur ta carrière ?

Je n’ai pas eu trop le temps d’y penser. Je suis content de ce que j’ai vécu et je ne suis pas encore tout à fait conscient de ce que j’ai pu faire. Déjà collectivement, gagner avec le FC Nantes c’était beau. Et puis l’équipe de France c’était fabuleux. Donc je suis très content de ma carrière  sportive. Il y en a tellement peu qui ont cette opportunité… Quand je repense à ma carrière, je repense aussi à mes années au centre de formation du FCN. Ça fait partie des très très bons moments de ma carrière de footballeur, mais de ma vie aussi.

Ton plus beau but ? As-tu déjà marqué autrement que de la tête ?

Je n’en ai pas marqué beaucoup de la tête ! Mon plus beau but je ne sais plus… Il y en a un qui m’a marqué par contre. Le père de ma femme est décédé en avril 2004. On joue Bastia le week-end et le coach me demande si je veux jouer. Je lui dis oui parce que c’est ce que mon beau-père aurait souhaité. Je marque le but égalisateur à cinq minutes de la fin du match. Ce but-là ça a été incroyable… Il y a plein d’émotions qui sont remontées à ce moment-là… J’ai l’impression quelque part que c’était le destin qui voulait ça. Ce but c’était pour lui… et j’ai surtout l’impression d’avoir été « guidé » par lui à ce moment-là. C’est tellement rare quand ça arrive… C’est un sentiment très particulier. Et c’était un but de la tête, celui-là ! (rires)

Le meilleur co-équipier avec qui tu aies joué ?

Il y en a plein ! Mais j’ai commencé à jouer au foot avec lui, par rapport au poste, donc je dirais Nestor Fabbri. Il était une sorte de grand-frère. C’était un exemple à suivre et un super mec. On est resté amis et on se voit régulièrement dès qu’il vient en France. Je pense que c’est un exemple par rapport à la carrière qu’il a eu, à l’amour qu’il a pour le foot aussi. Il a pas loin de 50 ans mais si tu lui demandes de jouer au foot, il va jouer. Il y a eu beaucoup de très bons joueurs : Carrière, Landreau, Moldovan… J’en oublie plein mais j’ai eu du plaisir à jouer avec tout le monde.

Quelle est la personne qui t’a le plus marqué au FCN ? Est-ce que c’est Franck Manteaux ?

Pourquoi ?

Parce que tu t’appelles Gillet ! (rires)

(rires) Ah bah bravo ! Non, c’est pas Franck Manteaux ! (rires) Plus sérieusement, je dirais Raynald Denoueix, Jean-Claude Suaudeau et Guy Hillion. Mais j’en oublie aussi. Il y a eu de nombreuses personnes au FC Nantes avec chacune une importance différente chacune et une place différente dans ma vie, ma carrière… J’ai été marqué par mes années avec Raynald Denoueix et quelque part aussi avec Coco Suaudeau. Ces trois personnes ont été influentes dans ma carrière.

Y a t’il eu dans ta carrière de joueur un avant et un après Mario Yepes niveau tacle ? Est-ce qu’il t’a montré son fameux tacle glissé sur la largeur du terrain ?

(rires) Non, du tout. C’était pas du tout mon style. Lui c’était le vrai-pur défenseur, qui adorait ça en plus ! Des fois, il ne me disait pas que ça coupait dans mon dos parce qu’il voulait tacler lui-même ! (rires) Il le faisait à la perfection. Mais moi ça n’a jamais été ce que je préférais faire. Même si je le faisais, bien sûr.

Est-ce que tu as une anecdote en rapport avec le foot ?

C’était lors d’un déplacement en coupe d’Europe à Aarhus. On avait tous les journalistes avec nous. L’avion a eu un problème technique juste avant d’atterrir, le pilote ne savait pas si le train d’atterrissage était verrouillé ou non et s’il tiendrait le coup à l’atterrissage. On tournait au-dessus de l’aéroport pour laisser le temps aux secours d’arriver en bas. Donc là on a vu les courageux et ceux qui ne faisaient pas les fiers ! (rires) On a arrêté de jouer aux cartes à ce moment-là ! (rires) Petit moment de peur pour certains mais au final tout s’est bien passé.

Ton meilleur moment au FCN ?

Le centre de formation. C’est ce qui nous a permis de gagner les titres. Pour arriver à faire quelque chose, il faut des bases. Et les bases étaient bien posées. Même si on sait qu’il y en a très peu qui sortent du centre de formation, ceux qui avaient la chance d’en sortir avaient le potentiel pour et des valeurs sportives, humaines, pour évoluer.

Ton plus grand regret ?

D’avoir été obligé de partir du FC Nantes. Même si j’ai connu de belles choses ensuite à Lens, qui est un très bon club, au Havre aussi… Mais si j’avais pu faire toute ma carrière à Nantes, je l’aurais fait. Parce que ce club est vraiment particulier pour moi et ça restera toujours mon club de cœur quoi qu’il arrive. Même si c’est difficile de le voir dans cet état en ce moment…

Et l’autre regret dans ma carrière c’est d’avoir blessé Cédric Mionnet. Ça a été une grosse coupure dans ma carrière. Il y a un avant et un après cette blessure. Ça m’a marqué parce que je ne suis pas quelqu’un de violent, méchant, sur le terrain… Je n’ai plus jamais défendu de la même manière ensuite de peur de re-blesser quelqu’un. C’était totalement involontaire ce que j’ai fait, et sans aucune méchanceté.

As-tu gardé un objet fétiche de ton ancienne gloire ?

Juste quelques maillots ou quelques répliques de coupes. Ça sera pour mes enfants, pour leur montrer ce que j’ai fait. Ils n’étaient pas nés, ou trop petits pendant ma carrière.

Est-ce que ça ne te manque pas trop de ne plus taper dans le ballon ?

Si forcément ! Dès que j’en ai l’occasion je vais jouer. Je joue avec les anciens canaris et aussi en loisirs à la Chapelle-sur-Erdre. Et quand il manque un joueur sur le terrain à l’entrainement, j’y vais. Je joue avec mes enfants aussi.

Question « vieux con », est-ce que le foot c’était mieux avant ?

C’était différent ! Les valeurs étaient différentes… Je pense que les footballeurs pros étaient en majorité des passionnés. Les à-côtés du foot étaient appréciables mais accessoires. La tendance s’est beaucoup inversée et les vrais passionnés sont de moins en moins nombreux. Il y a plus de joueurs qui pensent davantage aux à-côtés du football. C’est dommage. C’est pour ça que les gens sont un peu durs avec les footballeurs, parce qu’ils aimeraient s’y retrouver.

Et niveau terrain, on a beaucoup individualisé le foot, alors que c’est un sport collectif. Il y a beaucoup de statistiques individuelles, de performances individuelles… Même en amateur, les gens parlent beaucoup des performances individuelles de tel joueur mais pas d’une équipe en général, d’une façon de jouer… Ça a changé aussi et c’est dommage.

Dans quelle(s) équipe(s) aurais-tu aimé jouer ?

Si on rêve, Barcelone ou Arsenal. A mon époque, ce sont les deux clubs qui se rapprochaient énormément des valeurs du FC Nantes.

Quelle équipe aimes-tu regarder en ce moment ?

J’aime bien Nice parce que c’est frais. Ils ont des idées… et c’est plaisant à voir jouer. Ils ont construit ça au fur et à mesure des années. Leur philosophie de jeu me plaît beaucoup.

Ton dernier match à la Beaujoire comme spectateur ?

C’était Nantes – Rennes cette saison. J’essaye d’aller à la Beaujoire quand je peux.

Waldemar Kita t’appelle pour aider le FC Nantes. Tu y vas en courant ? Tu pleures ? Ou tu changes de numéro ?

Aucun des trois. J’ai très envie de travailler pour le FC Nantes. Ça c’est sûr et certain. Et ce, pour une raison très simple : j’ai envie de rendre à ce club ce qu’il m’a donné. J’ai grandis dans ce club, avec ses valeurs… Je me suis construit en tant que joueur et homme au FC Nantes. Je dormais toute l’année là-bas, je rentrais chez mes parents en Savoie seulement pendant les vacances. Le FCN c’était ma deuxième famille. Mes valeurs humaines se sont construites dans ce FC Nantes là. Et comme j’ai dit tout à l’heure, mon meilleur souvenir c’était la période au centre de formation. Donc forcément, j’aimerais beaucoup travailler avec les jeunes au club. Mais à l’heure actuelle est-ce que c’est pertinent ? Je ne sais pas. Si je dois venir, je viendrais d’abord pour le club. Mais il faut qu’il y ait un projet, quelque chose… Ce n’est pas juste entasser les gens. Il faut qu’il y ait vraiment quelque chose de concret à me proposer.

Quel ancien joueur ou entraîneur du FC Nantes, aimerais-tu voir interrogé par nos soins ?

Raynald Denoueix forcément ! Mais là, il faudrait quelques heures au moins pour avoir le temps de discuter avec lui. Parce que si tu le lances sur le foot, il est intarissable ! Inarrêtable ! C’est un réel plaisir de pouvoir échanger avec lui mais il faut mieux ne rien avoir de prévu après (rires). C’était un excellent coach et une très bonne personne. Après ça pourrait être Nestor Fabri. Il revient en France des fois…

 Merci beaucoup Nicolas !

Entretien réalisé le 16 décembre 2016 par Bertrand Chauty

Twitter : @FCN_ACTIV

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